« Pontorson n’est plus », récit de l’incendie du 15 mai 1736

Au printemps 1736, Pontorson subit un important incendie qui toucha une très large partie de la cité. Une page des registres paroissiaux de la ville nous donne quelques informations complémentaires sur cet évènement. Ce document conservé aux Archives départementales de la Manche sous la cote 5 Mi 2051 fut écrit par le curé de l’église Notre-Dame : De Bimaille Boullault.

« Incendie
Le quinzième de may de cette année mil sept cent trente six est « le porque » / d’une grande incendie, arrivée en cette ville de pontorson. Le feu pris a midi / sonnant (sans que l’on ait pu scavoir precisement comme cela arriva, la / première marque de l’on eut fut de voir le feu partir une couverture / de paille de particuliers qui n’estoient point dans leur maison et dont les portes / estoient fermées) d’une maison de la rüe de Tanie situé devant la croix / du cimetière, et après avoir pour ainsi dire consommé les quatres maisons / voisinnes, il fut porté par le vent qui estoit du Nord-Ouest sur la maison / du Sr Chauvin vis-à-vis le puid dany[1], et de là il fut porté en différents / endroits et puis en moins de deux heures à toutes les maisons de la rüe St Michel / des deux cotés, depuis le dit puid dany jusqu’à la rüe de Couesnon, et de fait / toute la rüe de Couesnon des deux cotés jusqu’au dessous du grand carrefour / compris la truie qui file et celle du Sr Maud ou est le porche – malgré tous les secours que l’on pu apporter toutes ces maisons furent consommés / et presque tous les estats de ceux qui les habitoient / et plusieurs maisons dont « venuesta » les toits. Le feu « favo… » par ces maisons / c n d’ailleurs la « postevité » qui a desordre fut grand non seulement pour les / incendiés parmys lesquels se sont trouvés plusieurs Messieurs Bourgeois et / gros marchands et trois maisons de condition dont la première appartenoit à Noble dame hélène de Verdun vve Charles de Marbodin et Seigneur de / Vauvert[2], la seconde à Noble dame madelaine « chartrue » vve de René Chartrue et Sgr / de la « Vilamoys », la troisième à Noble dame jeanne Lévêque vve de Gilles Tardif / seigneur de Moidré et de Vauclair qui ont fait des pertes considérables n’aiant / + mais « esclove » pour ceux qui ont estés rescapés de cet incendie qui ont estés obligés de [ ?] estaient [ ?] / presque rien faire on ne voioit que flames et la « foye » toutes ces / maisons bruloient, ce qui jetta une grande « Maune » dans cette ville. Le feu se consuma / plus de deux mois dans les débris et grâce au Seigneur il n’y eut personne de tué. Cette / incendie nous a donné ocassion de tacher de faire rafraichir les franchises de cette ville / et pour cet esfet on a député Mr Lecoq[3] vicomte de cette juridiction, qui quoi qu’il se soit / fortement emploié, protégé de plusieurs puissances n’a pu / réussir et toute la grâce qu’il a pu obtenir a esté cinq / années d’exemption de taille seulement pour les incendiés / et a condition qu’ils soioent imposés à cinq sols pour tenir toujours le rolle. De Bimaille Boullault. »

Une lettre conservée aux Archives départementales de la Manche sous la cote 2 J 765 apporte elle aussi des informations sur l’incendie de Pontorson. Datée du 27 mai 1736, elle est signée d’un certain Allard et est adressée à Jacques Labé au collège du Plessis, rue saint Jacques à Paris. L’auteur s’inquiète de son français et ajoute à côté de l’adresse du destinataire : « Si vous pouvez faire insérer mon petit / morceau, rectifier les termes qui ne seroient pas françois ». Nous en proposons ici les passages renseignant l’évènement du 15 mai 1736 :

« J’ai reçu votre lettre […] pontorson n’est / plus, le feu a commencé en moins / de deux heures, toute la rue St Michel et / la grande des deux cotés également la / mienne comprise que je fait démantelés / avant que le feu y fut arrivé mais cela / ne l’empêcha pas di faire de grands / progrés, grâce à dieu la votre na point / de mal, puisque je suis logé avec ma femme / et mes deux enfans dans votre grande chambre / je vous prie de ne le point trouver mauvais / vous ferez le maitre du prix du loyer, jusque / a ce qu’il en ait été ordonné autrement / jatens de vous des motifs de consolation / bien que la perte partout icy, nous avons / aujourd’huy des officiers tabellions pour dresser / procés verbal des pertes, et nous nous préparons / a demander des grâces au roy sur nos nombreuses / exemptions, voudriez vous luy en parler en le rencontrant, au ( ? ) une exemption de taille pour 30 ans, / ne seroit pas un mal, madame poution le beau logis a m. « devauuer », mr de la / vilasmois[4], m. de la frusinière au haut / de la rüe, joubliais m. de maydré dont la belle bibliothèque valant plus de 6000lt / brulée, le grand coq dont pas une / vestige, enfin prié Dieu quil nous / consollé, sinon vouliez en vous promenant / aller chez Estienne gancau Libraire Juré / de l’université rüe St Jacque au ( ? ) / de Dombes proche la rüe du platre / imprimeur du Journal historique / le prier d’inscrire dans son journal : – / que le bourg de pontorson en basse / normandie, a été réduit en Cendre le mardy quinze may 1736, le feu commença / a midy, et en moins de deux heures il / se communiqua partout le bourg dont / la plupart des maisons netoinet couvertes / que de chaume et enfin quil ne reste / entre autres que trois a quate / maisons, que lon puisse apeller ainsi / le reste netatn que des chaumieres, / les meubles et effets des habitants ont été / incendié, nayant / pu en sauver que très peu, par la rapidité / du feu, (Il pourroit ajouter que ) ce bourg / est assez connu par son passage, / ayant été une des clefs de la France jusque a / la réunion de la bretagne à la couronne / et a jouy de très beaux privilèges puisque / depuis Charles Sixième, jusqu’à 1661 il a été exemps, déboutés sortes d’impositions / – il faudroit avoir la bonté de nous transcrire bien au net ce petit morceau et le prier de / lincerer cela ne nous pouvoit pas nuit car le journal est vu de bien des personnes / que nous allons employer pour nous rendre / services et tenter de nous faire décharger de /la taille […]
Monsieur, du deffunt pontorson, 23 may 1736. / Votre très humble et très obéisant serviteur / Allard. »

Dosument proposé par Joris Sanson

[1] L’abbé Beuve parle, lui pour sa part, du puits « Dany » ; malgré nos recherches, ce puits se confond avec beaucoup d’autres à Pontorson. Voir Abbé Beuve, Pontorson, Éditions Rue des scribes, 1946, p. 263.
[2] Louis Bodin, sieur de Vauvert fut vicomte, maire et juge politique de Pontorson et de Saint-James. Il reçoit des lettres de noblesse en 1653 et devient Louis Marbodin. Son fils Charles de Marbodin devient vicomte à la mort de son père en 1653.
[3] Pierre Lecoq est l’époux de Catherine Lecomte de Péval ; ils auront pour fille Julie Lecoq qui épousera en 1762 Burdelot, notaire à Avranches. Pierre Lecoq fut vicomte jusqu’à sa mort en 1770 laissant ensuite sa place à son gendre, dernier vicomte de Pontorson.
[4] Y lire : Villarmois.

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