Un aveu à La Godefroy en 1568

Pour le numéro de septembre 2017, nous devons à notre sociétaire, Mme Annick Le Beurrier, un document qui sera utile à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la commune de La Godefroy. C’est un aveu, c’est-à-dire un texte écrit affirmant que telle personne tient de son seigneur un certain nombre de terres ou de biens, nommément cités et délimités pour lesquels il doit à son seigneur des redevances (en argent et en nature) et des services (appelés corvées au Moyen Âge).
Michel Duboys tenait donc de Jehan Gaudin, son seigneur quatre terres, l’une prés du cimetière sur laquelle étaient deux maisons, une autre appelée le Clos de La Croix, une troisième nommée la Petite Soussonnyere et enfin la dernière, la Demye Acre. Tous ces noms doivent pouvoir se retrouver dans l’État de sections du cadastre napoléonien. L’ensemble de ces terres représente 19 vergées soit l’équivalent de quatre hectares aujourd’hui[1]. Pour cela les redevances sont de 48 sols tournois (de Tours), une livre de poivre (une épice très précieuse à cette époque) et trois poules. Les services consistent uniquement en l’entretien du moulin. Celui-ci aujourd’hui disparu est toujours visible sur le plan cadastral de 1811.
Le texte a été transcrit par Marie-Hélène Dodier que nous tenons à remercier ici.

De noble homme Jehan Gaudin seigneur du fief terre et seigneurie de La Godeffroy noblement tenu à gaigeplege court et usage, je, Michel Duboys, heritier de Estienne Le Got à cause de ma mere, lors qu’elle vivoyt seur dudict le Got, confesse et advoue tenir par foy et hommage de mondict seigneur en son franc fief les terres cy apres declarées.
Et premierement une portion de terre en herbergement deulx maisons dessus estimant contenyr cinq vergées de terre ouviron, joingt d’ung costé et butté d’ung boult au chemin tendant de Avranches à Brecey et d’aultre costé au curé dudict lieu de La Godeffroy, et d’aultre boult au cemitiere dudict lieu, à cause de laquelle portion de terre et maisons, je ne doibt à mondict seigneur que foy et hommage. Item une aultre piece de terre nommée le Clos de la Croix contenant quatre vergées de terre ou viron, joingt d’ung costé et butté d’un bout aux hoirs[2] de Jehan Le Pigeon et d’aultre costé au chemin tendant de Avranches à Brecey et d’aultre boult à Pierre Langloys.
Item une aultre piece de terre nommée la Petite Soussonnyere contenant huict vergées de terre ou viron, joingt d’un costé et butté d’ung boult à Paulin Gougeon et d’aultre costé à Pierre Lemetaier et d’aultre boult au chemin de La Godeffroy au Chausson, à cause desquelles pieces de terre je me rends subgect à mondict seigneur de la somme de quarante huyct solz tournois au jour sainct Michel en septembre, et une livre de poivre et troys guellines[3] au terme de Noel, le tout de rente par chascun an passant par les mains du prevost recepveur de ladicte sieurye, dont je ne doict pour ma part et portion que la somme de deulx soulz tournois à rabbattre sur ladicte somme de 48 soulz ts, et oultre plus de ladicte somme le poivre et gellines payé par les heritiers de Jehan Le Pigeon et les heritiers de Pierre Chauvet ou leurs representanz leur droict, Jehan, Pierre et Gilles Chauvel ou les tenantz leurs droictz et heritaiges au plaisir de mondict seigneur ou son prevost recepveur de faire exploit sur ung chacun de nous, ainsy qu’il voira bon estre pour somme.
Item je confesse et advoue tenir de mondit sieur une piece de terre nommée la Demye Acre, contenant deux vergées de terre ou viron, joingt des deulx costés à Thomas Cardin et butté d’ung boust au chemin de Brictz à Claise, de laquelle piece de terre je ne doibt autre chose à mondit seigneur que foy et hommage, et oultre, suys subgect au gage plege court et usage de ladite sieurye aux reliefz et troyziemes aides coustumieres de Normandie, lesdits cas offrantz au service de provost recepveur en mon nom et degré à l’eslection d’icelluy, en la compagnie hommes et tenantz d’iceux au ban et entretien du moulin dudit lieu.
Item suys subgect à charier les meulles dudit moulin prises en la viconté d’Avranches, à aider à charrier le mesrain[4] pierres et careaux de gasson et matieres, necessaires pour la reparation dudit moulin et chaussée d’icelluy, et à aider à querir du gleu pour reparer lescluse dudit moullin, et le tout cy dessus avecques les autres hommes tenantz icelle compaignye, lesquelles lettres dessus speciffiées audit sieur advoyt querir et icelles aporter sera employer à ses despens en tesmoin desquelles choses ce present adveu et denombrement a esté seue et scellez à ma requeste par maistre Guillaume Gaudin seneschal de ladite sieurie, es soy tesmoin, et par moy tesmoing le XIIesme de may et an mille Vc soixante deulx.

[1] On estime qu’un hectare correspond à cinq vergées. Même si les choses sont difficilement comparables, la commune de la Godefroy a, aujourd’hui, une superficie très faible de 365 hectares.
[2] Héritiers.
[3] Poules.
[4] Pièces de charpente.

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