Saint-Jean-des-Champs : le château de Pont-Roger

Le samedi 9 juillet 2016, grâce à l’extrême amabilité des propriétaires, M. et Mme Charveriat, nous avons pu visiter le château de Pont-Roger, situé sur le territoire de la commune de Saint-Jean-des-champs, à l’est de Granville.
Ce beau château de facture classique a été édifié par Pancrace de la Motte en 1691 si l’on en croit une date gravée à l’arrière du château. Selon François Saint-James, l’ordonnancement de l’édifice ferait plutôt penser à une construction du début du XVIIIe siècle. La famille de la Motte du Pont Roger a probablement pris son nom de la motte de l’ancienne fortification féodale qui devait se trouver vraisemblablement à l’emplacement du château actuel.
Surplombant un étang, le château est précédé par une cour d’honneur fermée par une grille imposante : une grande allée continuait autrefois vers l’est en prolongeant la vue. À chaque extrémité de la grille se dresse un pavillon : celui du sud contient la chapelle. Le bâtiment, coiffé d’un toit à la Mansard, est constitué d’un corps central en faible avancée surmonté d’un fronton triangulaire et encadré par deux pavillons.
La façade sur le jardin, avec son beau perron à double révolution, est assez différente : l’ajout de persiennes au XIXe siècle lui donne un aspect beaucoup plus horizontal.
L’origine du toponyme de Pont Roger est inconnue. On peut y voir le souvenir de la construction d’un pont sur le ruisseau de l’Oisellière, sur un itinéraire qui reliait l’église de Saint-Jean, à l’abbaye de La Lucerne, et peut-être au-delà vers la baie du Mont-Saint-Michel. En effet, l’influence de l’abbaye était grande dans tout ce secteur. Elle possédait le patronage de l’église paroissiale et le prieuré de l’Oiselière à un peu plus d’un kilomètre à l’ouest. Il est possible que le lieu-dit Le Pavé[1] situé non loin du château puisse être mis en relation avec des travaux effectués au Moyen Âge sur ce chemin par les abbés du Mont. À ce propos, François Saint-James a émis l’hypothèse que le Roger qui a donné son nom au pont puisse être l’un de ces abbés du Mont, soit Roger Ier (1085-1102), soit son successeur Roger II (1106-1122).
Puis les sociétaires se sont dirigés vers la ferme du château située un peu en contrebas, et autrefois complètement baignée par l’étang. Pénétrant dans la cour par une double porte cochère et piétonne, nous nous trouvons face à une maison d’habitation qui doit remonter à l’extrême fin du XVIe siècle. À droite une grange monumentale et, à gauche, les bâtiments d’exploitation qui sont cantonnés, à l’est et à l’ouest, par deux tours rondes. C’est un exemple assez rare dans le sud de la Manche, d’une grande ferme à cour fermée, comme on en rencontre plutôt dans le Cotentin ou dans le Bessin. On ne peut faire la comparaison qu’avec la ferme-manoir de Servon, ou, dans une moindre mesure de celle d’Hudimesnil que nous avons visitée récemment.

Cette visite clôturait la saison 2015-2016 de belle façon, et les sociétaires présents, parmi lesquels notre ami Michel Dugué, ancien secrétaire de rédaction de la Revue, qui nous avait fait l’amitié de nous rejoindre, ont vivement remercié les propriétaires.

[1] Claude Bouhier, « Les travaux de voirie au Moyen Âge », Annales de Normandie, t. 10/4, 1960, p. 331-336, à la p. 332.